Making-of / Création en bronze

Une création en bronze se donne à regarder et s’appréhende en un temps et un lieu limité. Sa force et sa présence vous marquent dans l’instant ou ratent leur but et vous laissent indifférent. Appréhender une oeuvre sculptée, ou la  puissance et la brièveté de l’éclair…

Pourtant la genèse d’une sculpture en bronze se fait dans un temps long, marqué par les va-et-vient entre le modelage, le moulage et la fonte. Loin de l’image d’Epinal de l’artiste seul en son atelier face à la sellette, le bronze se joue à plusieurs : métiers, matériaux, lieux …

L’outil/la main ; le bois/le métal ; le silicone/le plâtre ; la cire et la terre alternent, reviennent, se succèdent dans un processus itératif généreux en émotions : enthousiasmes fou des matinées productives – gouffre du découragement, stagnation dans le doute qui ronge.

De l’immédiateté du poli final qui se donne et séduit dans l’instant à l’artisanat laborieux et souillé des longues étapes intermédiaires, une dichotomie s’instaure qui nourrit l’oeuvre et lui donnent sa force et sa présence, si le sculpteur parvient à soutenir et poursuivre sa vision dans la durée.

J’aime, comme une addiction coupable, chaque moment de la genèse de mes pièces. Chacune est liée à des périodes de ma vie, à des lieux, des ateliers, des rencontres, des amitiés… J’aime les heures industrieuses au sein de l’antre gestationnel, les départs « définitifs » de l’atelier, la traque malpropre des volumes enfouis qui se dérobent, les longs moments sous l’eau lustrale avant de regagner l’anonymie  quotidienne.

L’ébauche

De l’idée, de l’image mentale à la première ébauche, la plastiline s’anime en quelques minutes et l’on sent et l’on sait si la genèse relèvera de l’évidence ou sera une douloureuse lutte … J’aime peu les structures et armatures malheureusement souvent incontournables qui nécessitent un travail sur le métal généralement brutal. Je leur préfère la douceur du modelage à la main de mes petites pièces ou la taille dans la masse, où je creuse à la recherche de la forme lovée dans la matière.

Le modelage

Main et outils concourent et se soutiennent pour affiner l’idée. Etape probablement la plus réjouissante et conforme à la représentation traditionnelle du sculpteur, mais également la plus ingrate. Certaines oeuvres naissent dans la journée, beaucoup dans les semaines et les mois. Aller et retour, faire et défaire, détruire, abandonner, céder et recommencer…

Le Moulage

C’est véritablement le stade polyphonique où la sculpture débute son processus d’émancipation pour advenir.

Un premier moule en silicone et plâtre vient épouser les formes de l’oeuvre en plastiline. Jointures et composition du moule sont alors étudiées avec soin pour suivre au mieux les volumes en respectant les dépouilles et contre-dépouille et tenter de préserver le premier travail.

La cire est ensuite coulée en fine couche à l’intérieur du moule une fois celui-ci bien sec.

Cette ébauche en cire me revient, souillée souvent de débris de plâtre, la pièce a souffert en général au démoulage et il faut la retravailler. Outils en métal, fer à souder, remplacent les outils de bois, mirettes et gradines du premier travail sur plastiline. C’est aussi souvent une nouvelle étape créative, où la pièce prend parfois une nouvelle direction par les jeux de découpe et de multiplication que permet ce matériau.

Le coulage

Vient l’étape magique et mystérieuse de la fonderie. Les artisans fondeurs enserrent l’oeuvre en cire qui leur est apportée dans un nouveau moule de sable et de colle qui résistera à la pression du métal en fusion. Events et canaux de coulée sont disposés avec art et science pour favoriser le bon déroulement de la coulée.

L’alliage est choisi en fonction du rendu final souhaité en termes de couleur et de niveau de détail de la création en bronze. Une fois refroidi, le moule en sable est cassé et l’oeuvre sort de sa gangue. Méconnaissable, elle revient finalement à l’atelier en plusieurs pièces. Corps enchevêtrés de statues démembrées, peaux zébrées de cicatrices transitoires… la chrysalide de feu laisse sa marque que l’on va s’appliquer à gommer et sublimer.

Le polissage

Chaque partie de l´oeuvre est polie, ébarbée jusqu’à retrouver l’aspect de surface de la plastiline originale.

Les différentes parties sont soudées, l’oeuvre est ré-assemblée conformément au dessin initial.

Le socle ou le support est alors conçu pour présenter et révéler enfin la pièce telle qu’en l’esprit du sculpteur et l’orienter selon son équilibre définitif.

 

La patine

Après l’alchimie du métal vient le temps de la chimie des acides. Brossée, baignée, chauffée, l’oeuvre est plongée dans différents bains puis rincée, frottée et poncée.

Après la patine chimique, la patine du temps jouera désormais sur la peau métallique de la création en bronze.

La pièce me quitte et débute sa vie autonome d’oeuvre d’art.